Le transport routier représente 87 % du transport de marchandises et peut absorber jusqu’à 10 % des sorties d’argent d’une entreprise. Avec des charges de carburant, de personnel, de maintenance et de péages en hausse, chaque kilomètre mal planifié pèse directement sur la rentabilité. La réduction des coûts doit toutefois préserver les délais et la qualité de livraison, indispensables à la fidélisation des clients. Cet article présente les principaux leviers à activer : analyse des postes de coûts, optimisation des itinéraires, limitation des retours à vide, amélioration du chargement, éco-conduite, télématique, choix des véhicules et utilisation d’un TMS.
Une démarche efficace commence par des données fiables, puis combine plusieurs actions mesurables plutôt qu’une simple renégociation tarifaire. Le tableau ci-dessous offre une première vue des méthodes à comparer avant d’examiner chaque levier.
| Levier | Gain recherché | Mise en œuvre | Investissement |
|---|---|---|---|
| Analyse des coûts | Identifier les postes les plus lourds | Calcul du CK, du CC et du CJ | Faible |
| Itinéraires et tournées | Réduire les kilomètres et les retards | Planification assistée par logiciel | Modéré |
| Remplissage et mutualisation | Transporter davantage par trajet | Consolidation, backloading, bourse de fret | Faible à modéré |
| Carburant et flotte | Diminuer la consommation et les pannes | Éco-conduite, télématique, maintenance | Variable |
| TMS et indicateurs | Automatiser et piloter les écarts | Connexion aux données d’exploitation | Modéré à élevé |
🔍 À RETENIR
✅ LES LEVIERS PRIORITAIRES
- →Mesurer avant d’agir : distinguer les coûts kilométriques, conducteurs et journaliers sur chaque activité.
- →Traiter les kilomètres inutiles : revoir les tournées, les retours et les temps d’attente.
- →Exploiter la capacité disponible : consolider les commandes et utiliser le backloading.
- →Suivre les comportements : connecter consommation, conduite, maintenance et performance.
🌐 OUTILS ET RESSOURCES COMPLÉMENTAIRES
Géolocalisation
Elle fournit les positions, les heures d’arrivée estimées et les écarts entre le trajet prévu et le trajet réalisé.
Bourse de fret
Elle aide à rechercher une marchandise compatible avec un trajet retour et à limiter les retours sans chargement.
Tableau de bord
Il rapproche les dépenses, les kilomètres, le tonnage, le remplissage et le niveau de service afin de suivre les résultats.
⚠️ PRÉSERVER LE NIVEAU DE SERVICE
Une économie apparente peut devenir coûteuse si elle multiplie les retards, les litiges ou les livraisons manquées. Les objectifs de coût doivent rester associés au taux de livraison à l’heure et à la satisfaction client.
Quels sont les principaux facteurs qui font augmenter les coûts de transport routier ?
Le prix d’un transport repose sur trois repères utilisés par le Comité National Routier. Le CK regroupe les dépenses liées aux kilomètres, notamment le carburant, les péages et l’entretien. Le CC correspond au coût du conducteur, avec le salaire, les cotisations et les indemnités. Le CJ rassemble les charges journalières, comme l’assurance, les taxes, l’amortissement et les frais de structure. En 2023, les frais variables représentaient près de 70 % des coûts selon le CNR, avec une variation selon la distance et le type de véhicule.
Comprendre les principaux postes de coûts du transport routier
Les dépenses variables augmentent avec l’activité : gazole professionnel, heures de conduite, réparations, pneumatiques et frais de déplacement. Les charges fixes continuent, elles, à courir même lorsque le camion roule moins. Une flotte surdimensionnée, un véhicule immobilisé ou un contrat d’assurance mal adapté peuvent donc dégrader la marge sans apparaître dans le prix facturé au client. Le carburant peut dépasser 30 % du budget d’exploitation, ce qui justifie un suivi séparé par véhicule et par tournée.
Comment calculer le coût réel d’un transport routier ?
Le calcul doit intégrer le coût direct du trajet et les charges réparties sur le temps d’utilisation du véhicule. Il faut relever les kilomètres à charge et à vide, les heures mobilisées, les péages, la consommation, les frais de manutention et les éventuels coûts de sous-traitance. Le résultat peut être exprimé par kilomètre, par tonne, par palette ou par livraison. Cette approche évite de comparer uniquement deux tarifs au kilomètre alors que leurs distances, délais et taux de remplissage diffèrent.
Optimiser les itinéraires pour réduire les kilomètres parcourus

Une tournée bien construite réduit simultanément le carburant, l’usure, les péages et le risque de retard. Un logiciel peut comparer le trajet le plus rapide avec le plus court, calculer la durée, estimer les émissions de CO2 et intégrer les contraintes de livraison. Les données d’adresse, de créneau horaire, de poids et de capacité doivent cependant être fiables pour que le résultat soit exploitable.
Planifier les tournées avec des données en temps réel
La planification gagne en précision lorsqu’elle tient compte des embouteillages, des restrictions de circulation, des incidents et des temps de chargement réellement observés. Une tournée peut alors être réordonnée en cours de journée, avec une information transmise au conducteur et au client. Des solutions de TMS, comme celles dédiées à la planification et au suivi des flux, permettent également d’ajuster les volumes et la cadence selon la demande.
Mieux gérer les péages, les temps d’attente et les retards
Éviter systématiquement l’autoroute n’est pas toujours économique : un itinéraire plus long peut coûter davantage en carburant et en temps de travail. La comparaison doit inclure le péage, la durée, les restrictions pour poids lourds et la fiabilité du parcours. Les créneaux de quai doivent aussi être rapprochés des heures réellement constatées. Réduire l’attente limite les heures improductives et permet de respecter plus facilement les engagements de livraison.
Comment éviter les kilomètres à vide dans le transport routier ?
Les retours sans marchandise pèsent sur le coût moyen de chaque livraison, car le véhicule, le conducteur et le carburant ont déjà été mobilisés. Le backloading consiste à rechercher une cargaison compatible avec le trajet retour. Cette pratique peut s’appuyer sur les flux réguliers de l’entreprise, sur des partenaires régionaux ou sur une bourse de fret. Elle exige de vérifier les horaires, la compatibilité des marchandises et la responsabilité de chaque intervenant.
La mutualisation des livraisons est-elle rentable ?
La mutualisation devient intéressante lorsque plusieurs entreprises desservent des zones proches avec des fréquences compatibles. Les commandes sont regroupées, les véhicules sont mieux utilisés et les coûts sont répartis selon le poids, le volume, la distance ou le nombre d’arrêts. Un accord clair doit fixer les priorités, les délais, la gestion des dommages et le partage des données. Sans coordination, les détours ou les attentes peuvent annuler une partie des économies attendues.
Utiliser la bourse de fret pour mieux remplir les camions
Une bourse de fret permet d’identifier rapidement une marchandise disponible sur un axe donné. La recherche doit porter sur le sens du trajet, la date, la capacité, les contraintes réglementaires et la fiabilité du partenaire. Le prix proposé ne suffit pas à décider : il faut aussi intégrer les kilomètres supplémentaires, les temps d’attente, les formalités et le risque de décalage avec la tournée principale. Connectée à un TMS par API, la bourse peut être intégrée au processus de décision.
Comment améliorer le taux de remplissage des camions ?

Le taux de remplissage se travaille dès la préparation de commande. Le poids, le volume, les dimensions, la fragilité et l’ordre des livraisons doivent être pris en compte ensemble. Une configuration qui remplit l’espace peut pourtant dépasser la charge utile ou rendre le déchargement impossible. Les règles de sécurité, les restrictions légales et les préférences des clients doivent donc être intégrées au plan de chargement.
La consolidation des commandes permet de réduire le nombre de trajets pour un même volume d’activité. Dans le transport palettisé, le regroupement de lots compatibles est souvent plus efficace qu’une succession de départs partiellement chargés. Le conditionnement joue également un rôle : des emballages mieux dimensionnés limitent l’espace perdu et facilitent la stabilité de la marchandise. Le suivi doit associer taux de remplissage en poids, taux de remplissage en volume et nombre d’arrêts par tournée.
Quels leviers permettent de réduire la consommation de carburant ?
La consommation dépend du véhicule, de son chargement, du parcours, de la météo et du comportement au volant. Les actions les plus rentables combinent formation, suivi des données et entretien régulier. Une conduite souple peut réduire la consommation de 5 à 15 % selon l’ADEME, tandis que des pneus mal gonflés l’augmentent de 2 à 3 %. Le moteur au ralenti constitue aussi une perte directe : une heure peut représenter environ deux litres de carburant selon la Commission européenne.
Réduire la consommation de carburant avec l’éco-conduite
La formation doit porter sur l’anticipation, les accélérations progressives, le maintien d’une vitesse régulière et l’utilisation adaptée du frein moteur. Une session unique ne suffit pas à modifier durablement les habitudes. Des rappels réguliers, des objectifs par véhicule et des retours individuels permettent de maintenir les progrès sans transformer la démarche en sanction. Des coupe-moteurs automatiques et des climatisations autonomes réduisent aussi le ralenti lors des arrêts.
Exploiter la télématique pour suivre la consommation
La télématique rapproche la consommation réelle du trajet, de la charge et du style de conduite. Elle signale les accélérations brusques, les freinages répétés, les excès de ralenti et les écarts de parcours. Les données servent à repérer les véhicules atypiques et à distinguer un problème mécanique d’une mauvaise pratique. Le contrôle connecté de la pression des pneus complète ce suivi, tout comme les alertes de maintenance préventive.
Adapter le choix des véhicules aux usages réels
Un véhicule trop puissant, trop grand ou mal adapté au poids transporté consomme davantage et immobilise plus de capital. L’analyse des distances, des volumes, des contraintes urbaines et du nombre d’arrêts guide le choix du gabarit. Les modèles récents, notamment certains tracteurs Euro 6, peuvent réduire la consommation par rapport à des véhicules anciens. Le coût total doit toutefois inclure l’achat, l’amortissement, l’entretien, l’assurance et la valeur de revente.
Un TMS permet-il vraiment de réduire les coûts du transport routier ?
Un TMS ne crée pas automatiquement des économies, mais il rend visibles les décisions qui les produisent. Il centralise les commandes, les capacités, les transporteurs, les coûts et les événements de livraison. Cette vision facilite la comparaison entre plan théorique et exécution réelle. Pour une PME, le bénéfice dépend du volume d’expéditions, de la complexité des tournées et de la qualité des interfaces avec l’ERP, la télématique et les partenaires.
Réduire les erreurs de gestion grâce à l’automatisation
L’automatisation limite les doubles saisies, les erreurs d’adresse, les oublis de créneau et les factures difficiles à rapprocher. Les ordres de transport peuvent être transmis directement au transporteur, tandis que les statuts de livraison remontent dans le système. Les API facilitent la communication entre applications et donnent accès à des données plus récentes. Le déploiement doit commencer par quelques flux prioritaires afin d’éviter une configuration trop lourde.
Améliorer la visibilité sur les coûts par trajet
Un TMS permet d’associer chaque expédition à un coût prévisionnel et à un coût réel. Les écarts peuvent venir d’un détour, d’un temps d’attente, d’un supplément carburant, d’une livraison manquée ou d’un retour à vide. La comparaison par ligne, client, véhicule et transporteur aide à renégocier sur des faits concrets. Des solutions du marché s’appuient sur de vastes réseaux de transporteurs, mais la pertinence dépend toujours des données intégrées dans l’outil.
Suivre les économies avec des indicateurs de performance
Une économie durable se mesure sur une période comparable, en tenant compte des volumes transportés et des variations de distance. Le coût par kilomètre ne suffit pas, car un camion moins cher au kilomètre peut être moins bien rempli ou générer davantage de retards. Le tableau de bord doit suivre plusieurs indicateurs : coût par tonne ou palette, kilomètres à vide, taux de remplissage, consommation aux 100 kilomètres, temps d’attente, taux de livraison à l’heure et coût des litiges.
Les résultats peuvent être comparés à une période de référence, à un budget ou à un objectif par activité. Une baisse de consommation accompagnée d’une hausse des kilomètres ou des retours clients ne constitue pas une amélioration globale. Les techniques d’optimisation des flux peuvent générer 4 à 10 % d’économies annuelles, mais le résultat varie selon le niveau de départ, la saisonnalité et la qualité du pilotage.
Comment réduire les coûts du transport routier sans dégrader le service ?
La réduction des dépenses doit commencer par les gaspillages qui ne créent aucune valeur pour le client : kilomètres à vide, attente évitable, chargements incomplets, erreurs administratives et consommation excessive. Les délais promis, la traçabilité et la capacité à traiter les urgences doivent rester des critères de décision. Une renégociation avec les transporteurs peut être utile, mais elle doit s’appuyer sur des volumes prévisibles, des données de performance et une analyse du dernier kilomètre.
La meilleure démarche consiste à tester un périmètre limité, mesurer les effets, puis étendre les pratiques qui fonctionnent. Un plan associant itinéraires, remplissage, conduite, maintenance et outils numériques produit généralement des résultats plus solides qu’une action isolée. Les économies obtenues peuvent ensuite financer la modernisation de la flotte et réduire l’empreinte carbone sans affaiblir la qualité de livraison.
Pour réduire les coûts du transport routier, il faut d’abord calculer le coût complet, puis agir sur les kilomètres inutiles, le remplissage et la consommation. Le suivi par indicateurs permet de vérifier que les gains ne se font pas au détriment des délais ou de la satisfaction client. Une combinaison progressive entre organisation, maintenance, éco-conduite et TMS offre ainsi une base fiable pour améliorer la marge et la compétitivité.

